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Le temple d’Isis fait partie d’un complexe architectural plus connu sous le nom de temple de Philae, nom de l’île sur laquelle il fut construit. Ce temple est dédié à la mère universelle et épouse aimante, la déesse Isis que les anciens Egyptiens surnommaient « la grande dame de Philae ».

Les monuments du complexe furent édifiés depuis le 4ème siècle avant J.C. jusqu’au 2ème siècle après J.C. Nectanebo I, fondateur de la XXXème dynastie, commença par construire un sanctuaire (l’Iseum), détruit en partie par les inondations de la crue du Nil et sur lequel Ptolémée Philadelphe érigea le temple au 3ème siècle av. J.C. Une grande partie de sa construction et de sa décoration fut réalisée par la suite sous le règne de l’empereur romain Auguste. Ce temple est considéré à l’heure actuelle comme étant le fleuron de l’architecture ptolémaïque et romaine.

L’île de Philae se trouvait à environ 7 Km de la ville d’Assouan, en amont de la première cataracte du Nil entre le barrage d’Assouan et le haut barrage ; elle avait une superficie de 6ha. L’édifice avec ses colonnes peintes de magnifiques couleurs, s’élevait dans le passé sur de hauts rochers de granit entourés de dattiers, de palmiers et de mimosas.

Ci-dessous les dessins de David Roberts réalisés en 1838.



A l’ouest de Philae dans une petite île appelée Bigeh, il existait un autre lieu sacré, nommé Abaton, entouré de bois que seuls les prêtres visitaient, une partie du dieu Osiris y étant enterrée.

L’île de Philae fut donc choisie comme « île sainte » pour rassembler les deux époux Isis et Osiris. Philae constitua alors un haut lieu de pèlerinage et de cérémonies surtout après le déclin d’Abydos. Le culte d’Isis se répandit non seulement dans toute l’Egypte mais aussi chez les Grecs, les Romains, en Ethiopie, il y eut même une statue d’Isis à Paris dans l’église Saint Germain des Près, qui ne fut détruite qu’au 18ème siècle.

L’île résista longtemps au christianisme et continua à recevoir les pèlerins païens jusqu’à la deuxième moitié du 5ème siècle de notre ère.

Au 6ème siècle, un roi chrétien de l’Ethiopie nommé Silcus envahit la basse Nubie, le portique du grand temple devint une chapelle. Plus tard une basilique fut construite, puis une mosquée lorsque l’île fut convertie à l’islam.

Après la construction du premier barrage d’Assouan, l’eau du Nil ne laissait de répit aux visiteurs de ce petit paradis que deux mois par an en août et septembre lorsque les réservoirs étaient vides, le reste de l’année, l’île était submergée par l’eau.
Après la construction du haut barrage, Philae « la perle de l’Egypte » allait définitivement disparaître sous les eaux du lac Nasser. Il a fallu donc découper les monuments et les déplacer ailleurs pour les sauver.




De 1968 à 1984, l’UNESCO a entreprit le sauvetage des monuments de Philae et les a transférés sur l’île d’Agilkia, 300m au nord. Les travaux qui ont aplani et agrandi l’île, lui ont donné la forme d’une oiselle dont le bec est dirigé vers la Nubie pour ressembler exactement à sa sœur Philae. Le site a été inauguré le 10 mars 1980.

C’est un grand complexe composé de plusieurs monuments dont les plus importants sont : le pavillon de Nectanebo I, le grand temple d’Isis et ses annexes, le kiosque de Trajan et le petit temple de Hathor. Les murs et les colonnes de ces temples nous dévoilent jusqu’à nos jours l’histoire d’amour qui inspira plusieurs poètes, l’histoire d’Isis et d’Osiris.

Pour visiter le temple : de la ville d’Assouan, il faut prendre un taxi jusqu’à l’embarcadère, puis une sorte de barque à moteur jusqu’à l’île d’Agilkia, l’embarcadère est ouvert de 7h à 17h pendant l’été et ferme à 16h pendant l’hiver. Je vous conseille de visiter l’île en début d’après-midi pour pouvoir assister au programme son et lumière dans la soirée. Le programme son et lumière débute normalement vers 18H30min jusqu’à 20H30, à raison de trois séances. Le bateau accoste au sud-est de l’île, le premier monument qui apparaît à gauche est le pavillon de Nectanebo I, c’est un monument rectangulaire avec 14 colonnes portant le sistre de la déesse Hathor, déesse de l’amour et de la gaieté. Le pavillon est considéré comme étant le plus vieux monument du complexe, il date du 4ème siècle av. J.C.





Après une allée de double colonne hellénistique dont les plafonds ont conservé quelques traces des étoiles qui ont été peintes dans le passé, nous arrivons au premier pylône du temple d’Isis, le pylône fait 18 mètres de haut et 45.5 mètres de large. La porte centrale appelée porte de Philadelphe est gardée par deux lions en granit dont les têtes ont été mutilées. La deuxième porte, est celle de Nectanebo I,




La tour de droite porte un bas relief avec Horus, Isis et Hathor. La tour de gauche décrit le roi Ptolémée XI entrain de massacrer un prisonnier. Après avoir traversé ce premier pylône, nous accédons à la cour qui précède le temple d’Isis. Sur la façade intérieure du premier pylône droit, des prêtres portent la barque sacrée d’Isis. La cour est délimitée à l’est par des portiques, à l’ouest par la maison de naissance appelée « mammisi ». Le plafond du mammisi est soutenu par des piliers hatoriques, il comprend trois chambres précédées d’un pronaos. Les reliefs des murs relatent la naissance, l’enfance et l’éducation du dieu Horus. Sur la paroi externe du pronaos, on remarque une reproduction du décret bilingue ( hiéroglyphe et démotique) gravé sur la pierre de Rosette.

Au fond de la cour, un escalier nous amène vers le deuxième pylône, plus élevé mais moins large que le premier. Il nous faut ensuite monter quelques marches d’escaliers pour arriver à la salle hypostyle. Elle possède dix colonnes à chapiteaux en forme de papyrus et de fleur ; sur les plafonds, nous apercevons des représentations de vautours et de barques solaires, après avoir traversé trois salles, nous arrivons au sanctuaire.





Vous remarquerez sur le côté droit du deuxième pylône cette pierre taillée en forme de stèle sur laquelle une inscription est gravée commémorant une donation de terrain faite au temple d’Isis par Ptolémée VI Philométor.
Le sanctuaire est composé de douze chambres dont les murs sont décorés par des scènes d’offrandes et les cartouches du roi Philadelphe, un escalier mène vers la terrasse où se trouve la petite chapelle d’Osiris. Les reliefs de la chapelle nous révèlent la résurrection et la momification d’Osiris.
Pour vous donner un exemple des reliefs sur les murs, je vous ai retenu deux photos qui m’ont rappelé ces paroles d’Isis :

« Je reconstituerai le corps d’Osiris, je l’embaumerai. Mes ailes se mettront à battre au-dessus de lui…il me fécondera et je donnerai Horus au monde. »

La première photo représente donc Isis allaitant Horus qu’elle a mis au monde, c’est un dieu roi qui porte déjà la double couronne de la Basse et de la Haute Egypte. La tête d’Isis est malheureusement manquante, car le temple avait subi beaucoup de dégâts après la christianisation de l’île afin d’en effacer les traces de paganisme.
La deuxième photo est une scène d’offrande à Isis et Osiris. Isis protège de ses ailes son bien-aimé époux, elle porte sur la tête le disque solaire et les cornes de la vache sacrée.

Vous pouvez cliquer sur les photos pour les agrandir





Si vous n’avez pas le temps de découvrir les autres petits temples, il ne faut surtout pas oublier de visiter le kiosque de Trajan (photo ci-contre) : c’est une sorte de reposoir pour la barque sacrée de la déesse Isis qui quittait l’île lors de la grande procession durant laquelle elle se rendait à l’île de Bigeh pour être auprès de son époux.
Le kiosque est ouvert à l’est et à l’ouest par deux portes, il est composé de quatorze colonnes à chapiteaux. Deux de ses murs portent des scènes d’offrandes, une à Isis et Osiris, l’autre à Isis et Horus. Dans le passé, le kiosque avait un toit en bois, maintenant son toit est le ciel si pur et si clair de la magnifique île d’Agilkia. Les temples sont sauvés, l’âme d’Isis et d’Osiris peuvent reposer en paix.

Si vous désirez voir comment les temples sont disposés sur l’île cliquez ici pour voir la carte.
article et photos réalisés par S.ISMAIL
Sauf dessins de David Roberts
et photo de Philae sous les eaux