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La danse orientale, en arabe « El raqs el sharki », est un magnifique spectacle de lumière et de paillettes, un mélange de grâce et de sensualité, de mouvements subtiles en communion avec la mélodie envoûtante de la musique et le rythme entraînant de la tabla, du tambourin et du aoud. La danseuse qui maîtrise cet art exprime à travers son corps ses émotions et charme son public, faisant virevolter ses voiles et tinter malicieusement entre ses doigts ses cymbalettes.

En Egypte, la danse orientale existe depuis l’Antiquité, et ceux qui pensent qu’elle risque un jour de disparaître du pays ont tort, car la danse orientale coule véritablement dans les veines des Egyptiens.

Il n’y a pas une seule fête ou une seule cérémonie de mariage sans la présence de la danse orientale. Sans prendre de leçon, les jeunes filles s’en imprègnent naturellement depuis leur plus jeune âge à la maison, en famille, en regardant la télévision, et dès qu’elles se réunissent entre elles ou se retrouvent dans une ambiance de fête posent un
foulard sur leurs hanches et se mettent à danser.

Même si le nombre des danseuses de cabaret a effectivement baissé en Egypte, cela n’affecte en rien l’amour que les Egyptiens portent à la danse orientale. Aussi bien pour les hommes que les femmes, la danse orientale reste toujours synonyme de fête, de gaieté et de joie de vivre.

Certes, dans un pays musulman tel que l’Egypte, la danse orientale est parfois critiquée surtout pratiquée dans des costumes trop dénudés ou quand une danseuse se montre trop provocante car la frontière entre séduction et provocation reste très mince en la matière.

En effet, la danseuse habile qui veut être appréciée dans un pays comme le nôtre doit être très attentive à ne pas tomber dans la vulgarité et l’excitation des désirs sexuels, dans ce cas uniquement elle dépasse la censure et peut imposer son art et le transcender en toute liberté.

L’histoire de la danse orientale égyptienne est pleine de ces grandes artistes qui ont été adulées et respectées en Egypte.


Je n’ai pu m’empêcher de prendre la photo ci-contre d’une affiche dans une grande salle de cinéma à Alexandrie car elle représente pour moi l’âge d’or de la danse orientale égyptienne et du cinéma égyptien avec ses comédies musicales filmées à la manière hollywoodienne.

Cette affiche symbolise la grâce et la sensualité de ces deux grandes divas de la danse orientale que sont Samia Gamal et Tahiya Carioca. Elles étaient rivales, mais cela ne les a pas empêchées de travailler ensemble dans un film intitulé «Habibi El Asmar», en français «Mon beau brun, mon amour», où elles dansent côte à côte l’instant d’une scène pour nous ravir et nous séduire.



Samia Gamal était une fille de la Haute Egypte, née en 1924 du nom de Zeinab Ibrahim Mahfouz. Quand sa famille a émigré au Caire tout près de Khan El Khalili, elle y a rencontré Badia Massabni, une femme d’origine Syro-Libanaise qui détenait un cabaret à Gizeh au Caire. Elle l’avait embauchée dans sa troupe et lui avait choisi Samia Gamal comme nom de scène, un nom qui lui allait à merveille car le mot « gamal » signifie beauté en arabe.



Samia Gamal incarnait en effet la beauté, le charme et la volupté, elle devint non seulement une célèbre danseuse mais aussi une grande actrice de cinéma. Elle introduisit la cadence rapide de la musique occidentale qu’elle appréciait beaucoup, dans la danse orientale, et fut une brillante chorégraphe novatrice. Danseuse préférée du roi Farouk, celui-ci lui attribua le titre de « première danseuse nationale de l’Egypte ».



A l’écran, Samia Gamal forma avec Farid El Atrache un couple indissociable et mythique, ils interprétèrent ensemble plusieurs comédies musicales.
Je vous ai choisi un extrait du film « Afrita Haneim » qui signifie « Madame la diablesse » où elle joue le rôle d’un génie sortant d’une lampe à huile magique pour exaucer les vœux de Farid El Atrache.

Samia Gamal continua de danser jusqu’à l’âge de 70ans et décéda le 1er décembre 1994.







Tahiya Carioca, de son vrai nom Tahiya Ali Mohamed Karim est née en 1915 à Ismaïlia. Elle aussi a émigré vers le Caire avec ses parents à l’âge de douze ans et a travaillé dans le cabaret de Badia Masabni. Le style brésilien de ses débuts lui a valu le surnom de Carioca, nom d’une danse brésilienne qu’elle aimait tant reproduire sur scène.

Avec Tahiya Carioca, la danse orientale a atteint des sommets inégalés, elle dansait sur des rythmes plutôt lents et son style sensuel et plus populaire que celui de Samia Gamal, s’est vu propulsé par une riche carrière cinématographique, où elle a remarquablement su marier l’art de la danse à l’art dramatique.

Tahiya Carioca a tourné plus d’une centaine de films, son rôle dans le film « chabab imraat » qui signifie la « jeunesse d’une femme » a été nominé au festival de Cannes en 1956. Le titre de ce film a été transposé en français par « la Sangsue » car Tahiya Carioca y joue le rôle d’une femme fatale et de caractère usant de sa féminité pour séduire un homme plus jeune qu’elle, jusqu’au point de lui faire perdre tous ses repères.


Dans la vie Tahiya Carioca était vraiment une femme de caractère qui changeait souvent de mari, elle s’était mariée quatorze fois, mais c’était aussi une femme passionnée et engagée qui avait le courage de critiquer haut et fort ce qui ne correspondait pas à ses idéaux en matière de politique.

Elle a terminé sa carrière en incarnant des rôles de mère dans certains films et s’est également produite au théâtre. Elle s’est éteinte en septembre 1999 à l’âge de 79 ans.
L’extrait que je vous ai choisi vous donnera une idée de son style, il est tiré du film « Habibi El Asmar».








Une troisième et célèbre danseuse «Naïma Akef» a aussi marqué l’histoire de la danse orientale égyptienne avec un style différent de celui de Tahiya Carioca et de Samia Gamal, un style qui a fait école en matière de chorégraphie, un style basé sur la performance physique et la maîtrise totale du corps.
Naïma Akef est née en octobre 1929, contrairement à ses deux consœurs elle ne venait pas du monde des cabarets mais du milieu du cirque que son grand-père avait fondé et qui portait le nom de sa famille, «le cirque Akef». Naïma Akef était la fille d’un couple de saltimbanques, elle travailla avec ses parents dès l’âge de quatre ans comme acrobate et devint plus tard la meilleure trapéziste de la famille.
Au moment de la fermeture du cirque familial, Naïma Akef n’avait que quatorze ans et se dirigea vers une carrière de danseuse. Son ambition l’aida à gravir rapidement les marches de la gloire et à devenir une artiste complète et polyvalente. Elle faisait tout avec brio, music hall, cinéma, théâtre, jouant des rôles de femme espiègle avec son regard si malicieux.


Naïma Akef obtint le prix de la meilleure danseuse lorsqu’elle assista au premier festival de la jeunesse à Moscou en 1956, sa photo figure parmi les meilleures vedettes internationales au musée du Bolchoï.
L’extrait que je vous ai choisi tiré de son film «Tamr Henna» qui signifie fleur de henné, où elle joue merveilleusement le rôle d’une gitane et danse sur une musique composée par le grand musicien et chanteur Egyptien, Mohamed Fawzy.
Malheureusement sa carrière fut tout aussi brève que sa vie, elle décéda en 1966 des suites d’une maladie à l’âge de 37ans.





Actuellement, la danse orientale n’est diffusée que sur les chaînes privées égyptiennes, mais elle s’épanouit encore à travers les troupes de danse folklorique. Au théâtre, certaines comédies offrent aussi l’occasion d’assimiler des scènes de danse orientale notamment interprétées par la danseuse la plus populaire aujourd’hui, Fifi Abdou.
A l’étranger, le monde entier s’intéresse à cet art, des écoles se sont installées un peu partout en Europe, au Canada et aux Etats Unis et des études ont été faites pour analyser le sens des mouvements et connaître l’histoire et les origines de cette danse.

Ecrivains et peintres célèbres ont accordé leur attention à la danseuse. Le grand écrivain égyptien contemporain Ihsan Abdel Kodous (1919-1990) lui a consacré deux de ses romans, le premier qui s’intitule « el rakissa wal tabal » décrit l’étroite relation qui existe entre la danseuse et le musicien qui l’accompagne au rythme de sa tabla. Le deuxième roman décrit le pouvoir qu’exerçait une danseuse de renommée sur les hommes et plus particulièrement dans le monde politique, il attire aussi l’attention sur le regard que porte la société égyptienne sur la profession de danseuse. Le roman fut porté à l’écran sous le titre « el rakissa wal siyassi » (la danseuse et le politicien).
Le peintre et poète libanais Gibran Khalil Gibran (1883-1931) a dédié l’un de ses poèmes à la danseuse orientale où il raconte qu’une danseuse et ses musiciens furent conviés un jour à une cour pour danser devant le prince. Charmé par sa danse, il la pria de s’approcher et lui demanda :


« Belle femme, fille de la grâce et de la joie, d’où vient ton art ?
Comment peux-tu maîtriser la terre et l’air dans tes pas,
L’eau et le feu dans ta cadence ? »
La danseuse se baissa devant le prince et dit :
« Votre Altesse, je ne saurais vous répondre mais je sais que :
L’âme du philosophe veille dans sa tête,
L’âme du poète vole dans son cœur,
L’âme du chanteur vibre dans sa gorge,
Mais l’âme de la danseuse vit dans son corps tout entier. »



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article réalisé par S.ISMAIL